07/11/2014

La focalisation sur l’importance de changer d’échelle en termes de politique de recherche et développement (R&D) et d’innovation en Corse est une constante bien identifiée de corse-économie. Mais est-ce réellement un bon investissement ?

Des enquêtes qui montrent que l'innovation ne paye pas

Si le lien entre innovation et croissance a de nombreuses justifications théoriques (Schumpeter, théorie de la croissance endogène, productivité totale des facteurs…), il y a finalement assez peu d’études qui mettent clairement en lumière les retombées de l’innovation. Pour pousser les pouvoirs publics à dépenser dans la recherche (massivement dans le cas d’un plan R&D pour la Corse) ou les entreprises à investir pour innover, il faut bien se poser la question du retour sur investissement.

Or, plusieurs études sorties récemment par l’Insee (cf. thème innovation sur le site de l’Insee) font ressortir des résultats décevants. Notamment, il est noté qu’en « Corse comme en province, l’innovation ne se traduit pas par une meilleure rentabilité. En effet, le taux de marge brute d’exploitation des entreprises qui innovent est légèrement plus faible que celui des entreprises non innovantes (5 % contre 7 %). Les gains de productivité attendus par les entreprises innovantes ne sont donc pas immédiats. »

Alors tout ce tapage fait sur la 3e révolution industrielle ou sur l’importance de l’effort en R&D et innovation est infondé ?

Innover c’est quoi au fait ?

Premièrement, il faut regarder de quoi on parle en termes d’innovation. Celle-ci n’est pas réduite à son seul sens technologique*. L’innovation prend bien des formes : développement et commercialisation de nouveaux produits ou services, changement dans les processus de production, des méthodes de vente ou même du marketing. Les changements de management d’une entreprise ou de l’organisation des équipes sont aussi être vu comme des démarches d’innovation.

Une innovation peut aussi se faire de différentes façons :
- avec une équipe dédiée de chercheurs/techniciens/manageurs au sein de l’entreprise ou de l’organisation ;
- en payant une équipe externe (consultants, chercheurs du public, entreprises) ;
- en achetant de nouveaux matériels (logiciels, machines) ou de nouvelles techniques (formation, embauche de personnel spécialisé) ;

Ainsi, le processus d’innovation dépasse la seule vision industrielle, scientifique ou technique et concerne tout le monde, y compris dans les secteurs « traditionnels » et les services. L’innovation est un alliage de créativité, de savoir-faire, d’imitation (ou de copiage), de technologie, de marketing et d’audace.

En ce qui concerne la Corse, le rôle de l’innovation dans les entreprises a été étudié dans deux études menées par l’Insee en 2008 (La Corse surtout tournée vers l'innovation non technologique) et en 2010 (Les entreprises corses moins innovantes qu’au niveau national).

Il en ressort que les entreprises corses avaient des performances en termes d’innovation organisationnelle ou marketing supérieures à celles de la moyenne nationale (en 2008) ou proches (en 2010) mais sont moins innovantes en termes de produits ou de processus de production. Même si les différences de méthodologie entre les deux enquêtes rendent une comparaison difficile, il semble tout de même que l’importance de l’innovation au sein du tissu économique de l’île s’est effritée. Seules les entreprises des services (très en retard en 2008) semblent avoir augmenté leur effort d’innovation.

On a un effort réel dans l’innovation « tactique » (réduction de coût, amélioration de l’organisation…) mais largement insuffisant dans l’innovation non stratégique (nouveau produit et conquête de nouveau marché). Il semble que les performances décevantes en termes de retombées financières sont la conséquence de cet écart (cf. graphique ci-dessus).

Une innovation pas inutile mais défensive

Tout d’abord, il faut noter qu’une étude menée au plan national sur la période 2002-2006 montrait que l’innovation avait bien des conséquences positives sur les résultats des entreprises. Les entreprises innovantes, quelques soit leur secteur, gagnent des part de marchés par rapport à leur concurrents non innovants. Avec une exception, les services intellectuels (services professionnels, publicité-études de marché et l’architecture-ingénierie-contrôle) où il n’y a pas d’écart significatif.

Mais, elle notait aussi que les entreprises innovantes sont plutôt de tailles importantes, supérieure à 30 salariés. Que les dépenses étaient importantes, autour de 500 000 euros pour les innovations portant sur les produits ou les processus et 300 000 euros pour les innovations marketing. Des sommes exorbitantes pour les PME corses. De plus, l’impact le plus sensible était celui des innovations produits et procédés, nécessitant là encore de grosses dépenses (dépenses de recherche, nouvelles machines, personnel qualifié).

Il y a donc une logique que les PME, massivement de taille inférieure à 30 salariés dans le cas de la Corse, se tournent plutôt vers l’innovation tactique. Elles choisissent une approche plus défensive (ou de nécessité) pour s’adapter à la concurrence ou aux nouvelles pratiques sur un marché mature. Mais comme tout le monde ou presque le fait, c’est une course à l’échalote. Au final, on préserve les marges mais l’on n’a pas de gain significatif sur les résultats financiers car cela ne génère que peu de gains de part de marché et pas d’économie d’échelle. Mais, il ne faut pas en déduire que cela ne sert à rien. On préserve tout de même la performance de l’entreprise sur son marché.

En revanche, l’innovation stratégique se focalise logiquement sur de nouveaux produits ou marchés ayant une meilleure rentabilité (plus de marges). Mais, comme c’est très minoritaire, notamment en Corse, l’on n’observe pas d’impact sur l’EBE dans l’enquête.

Toutefois, au plan macro, dans les deux cas, on a bien plus d’investissement par nécessité ou par choix, donc plus de PIB (PIB = conso + investissement + solde des échanges). Et cette augmentation vient donc participer à augmenter le potentiel de croissance donc la richesse globale. L’innovation a bien un impact global positif.

Mais si le retour n’est pas plus clair, la machine se grippe. C’est évident pour les plus petites entreprises, qui ne peuvent se payer le luxe d’investir sans un retour rapide. Pour les TPE comme pour les grandes entreprises, les gains de productivité sont indispensables.

Formez les tous, l'innovation reconnaîtra les siens

Cela amène donc deux enjeux de politique publique. D’une part, ne pas sous-estimer l’importance du fait technologique qui nourrit l’innovation « de conquête ». Les économies performantes sur le plan de l’économie de la connaissance (y compris de petites économies comme l’Islande) sont aussi celles qui investissent le plus dans la recherche scientifique. Et, sur ce point, la Corse est dans les limbes.

De plus, pour une économie comme celle de l’île – avec des ressources humaines, entreprenariales et financières forcément limitées et une focalisation sur l’innovation défensive –, une stratégie d’innovation doit être opportuniste. Il faut permettre au tissu économique de capter les percées technologiques faites ailleurs, les adapter à notre outil de production pour rester dans la course. Les programmes de formation initiale et continue nécessaires existent au niveau de l’université, des CCI et d’autres mais il faut passer à la dimension supérieure. Ce qui nécessite d’ailleurs que les chefs d’entreprise en comprennent pleinement l’enjeu. De plus, le fait numérique doit être partout dans les formations, y compris les plus littéraires.

D'autre part, il faut diminuer le coût de l'innovation pour les plus petites entreprises. Le crédit d'impôt recherche est un instrument efficace pour les grandes structures mais inadapté pour les TPE (trop complexe administrativement). De plus, le management des projets est souvent trop lourd pour un chef d'entreprise qui doit en premier lieu s'assurer que son activité tourne bien aujourd'hui avant de penser à demain.

Des systèmes plus simples avec une prise en charge d'une partie des coût de management (chèque innovation, regroupement autour de projets portés par une agence de l'innovation régionale, mise à disposition d'outil informatique clef en main) pourraient utilement être expérimentés en Corse.

*Définition OCDE : « On entend par innovation technologique de produit la mise au point/commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services objectivement nouveaux ou améliorés. Par innovation technologique de procédé, on entend la mise au point/adoption de méthodes de production ou de distribution nouvelles ou notablement améliorées. Elle peut faire intervenir des changements affectant – séparément ou simultanément – les matériels, les ressources humaines ou les méthodes de travail »

15/10/2014

Le Corse profiteur est de retour. On remerciera L'IGF pour sa participation à la construction de cette belle image.

La récente une du Magazine Capital sur les Corses « privilégiés de la République », outre son aspect pour le moins douteux voire discriminatoire, repose la question sur les niches fiscales spécifiques à l'île et sur leur intérêt.

Pour y répondre, le magazine fait appel au rapport de l'IGF sur les niches fiscales datant de 2011. Ce rapport est d'ailleurs ressorti systématiquement lorsque l'on parle des niches. C'est la référence. Le problème est que cette étude ne vaut rien en ce qui concerne les niches corses.

L'analyse est sommaire, l'argumentation inexistante et les données quasi-absentes. D'ailleurs la rédaction du rapport suffit à le disqualifier. En effet, on peut y lire deux passages dont la résonance dans l'absurde est frappante. On affirme dans un premier temps « Sur les treize niches fiscales constitutives de mesures sectorielles de soutien à la Corse qui ont été étudiées par le CGEFI, aucune n'a pu faire l'objet d'étude économétrique, faute de suivi et de données existantes exploitables ». Mais il est ensuite précisé « Par ailleurs, ces mesures ont toutes été considérées comme inefficaces par l'évaluateur, essentiellement parce qu'elles ne sont pas susceptibles d'exercer des effets perceptibles sur le développement économique de la Corse, tant sur le plan de l'investissement que sur celui de la création d'emploi ». Ce qui équivaut à dire « on n'en sait rien, on pas trop réfléchi et on a que des idées vagues de ce qui ce passe mais dans le doute on va dire que ça sert à rien ». Bel exemple de rigueur et d'honnêteté intellectuelle.

La réalité est un peu plus complexe. La plupart des dispositifs de soutien envers l'économie corse sont des mesures « défensives ». Par exemple, les réfactions de TVA n'ont effectivement plus d'impact sur la consommation car elles sont fixes d'une année sur l'autre. Il n'y a donc pas d'effet de stimulation supplémentaire sur les dépenses des ménages via des baisses de prix à la consommation. En revanche, si elles étaient supprimées, les prix remonteraient et la perte de pouvoir d'achat se traduirait par une baisse de la consommation en volume et un PIB réduit d'autant. Le passage d'une TVA à 2,1 % (taux spécifique à la Corse sur la plupart des produits alimentaires) à 5,5 % entraînerait un choc inflationniste de +3,3 % sur les produits concernés. Le choc serait supérieur pour l'immobilier ou l'hôtellerie/restauration. Comment en attendre autre chose qu'un impact négatif.

Le crédit d'impôt pour investissement et la mesure FIP Corse sont les seuls dispositifs conditionnant l'avantage fiscal à une action de « stimulation », alliant déduction des impôts avec l'obligation de participer à la création de richesse dans l'économie corse sous forme d'investissement ou d'accompagnement du développement des entreprises.

On pourrait mesurer et discuter de l'impact de la suppression de telle mesure défensive ou de l'importance de la stimulation des autres. C'est tout à fait possible car les données existent (ben oui). Mais ces réflexions sont totalement absentes du rapport de l'IGF.

Plus globalement, le débat autour des dispositifs fiscaux dont bénéficie la Corse touche au cœur même de notre modèle économique. C'est pour cela que nous devons le mener en Corse et non se laisser imposer le menu et surtout la note.

Selon les données de Bercy (loi de finances), le coût des mesures budgétaires spécifiques à la Corse est de 325 millions en 2013. Les niches les plus importantes (coût supérieur à 5 M€) sont en 2013 :
- Réfaction de TVA : 235 M€ ;
- Crédit d’impôts pour l’investissement : 48 M€ ;
- Arrêtés Miot : 15 M€ (dispositif transitoire, fin 2016 il n’y aura plus rien) ;
-FIP Corse : 11 M€ ;
- Exonération TVA sur les transport maritime et aérien Corse-Continent : 8 M€ ;
- Réduction des bases de la CFE : 6 M€.

Le coût global est stable depuis 2010 les réductions liées à la fin de la zone franche, la sortie progressive des arrêtés Miot et la réforme de la TP étant compensées par une hausse des coût des réfactions de TVA (augmentation de l'écart de taux de TVA Corse/Continent pour l'immobilier et l'hôtellerie/restauration). Notez que si la TVA n'avait pas été modifiée au niveau national, le coût des niches corses aurait en fait diminué. Doit-on blâmer les Corses pour la politique gouvernementale ? Faut-il passer sous silence le fait que la pression fiscale augmente en Corse plus vite que sur le Continent depuis 10 ans (en tout cas pour les grands impôts – IR, IS et TVA) ?

Attention, le PEI (20 M€ en 2013) et la continuité territoriale (enveloppe gelée depuis 2009, à 187 M€ par an) ne sont pas des mesures fiscales. Ils n’ont pas à être inclus dans les niches mais par honnêteté elles sont précisées. Mais là encore, comptabilise-t-on tout l'argent dépensé dans les infrastructures de transport en région parisienne ou ailleurs comme des cadeaux fiscaux fait à telle ou telle région ?

Mais bon, au final, il est vrai que cela fait beaucoup d'argent. Il est donc légitime de se demander si c'est bien utilisé et surtout si la logique derrière le dispositif va dans le bon sens pour la Corse.

Prenons le cas de la continuité territoriale. Celle-ci revient à subventionner des importations, ce qui rend compétitif sur le marché corse des produits agricoles du Continent ou d'Espagne ou des biens de consommation non durables (eaux, produits d'hygiène…). Il est rare qu'une économie subventionne ainsi ses concurrents. Ce système est unique pour les grandes îles méditerranéennes. La Corse a fait ce choix politico-strategique favorisant la consommation au détriment de la production. De cela, notamment de savoir si l'effet positif sur le pouvoir d'achat dépasse l'effet négatif sur l'emploi, il serait sain de discuter.

Idem pour la promotion immobilière. La réfaction de TVA vise à favoriser l'accès au logement mais a-t-elle eu une quelconque utilité au vu le niveau de prix et l'évolution sur les dernières années? Ne constitue-t-elle pas une subvention déguisée en faveur des résidences secondaires ?

Cette analyse coût/bénéfice mais aussi de l'impact en cas de suppression ou diminution serait utile pour chaque niche. Ne serait-ce que pour voir si certaines ne peuvent pas être revue pour dégager de nouvelles ressources pour alimenter d'autres choix politiques (un plan R&D par exemple) ? Ou tout simplement pour savoir si certaines ne devraient pas être amplifiées au détriment d'autres ?

Ces réflexions sont cruciales pour nous en Corse. Car à trop penser comme immuable le monde ou la fiscalité qui nous entoure nous risquons de voir débarquer des inspecteurs de finances, préfets et ingénieurs des mines très intelligents mais dont les sentences sont définitives et sans appel. Et il n'y a pas plus dur à contredire en France que les arguments d'autorité, surtout quand ils sont estampillés IGF et surtout quand ils présentent les Corses comme de gros et gras privilégiés.

08/10/2014

Pourquoi ne pas oser une politique contra-cyclique pour la Corse ?

Face à la dégradation de la situation et aux perspectives médiocres, l’idée d’un plan de relance en Corse paraît de plus en plus intéressante.

La Corse étant surtout confrontée à un problème de demande (logements, BTP et consommation), la mise en œuvre d’une politique « contra-cyclique » (politique keynésienne ou assouplissement monétaire) semble tout indiquée pour soutenir la demande intérieure. Donc, dans un monde corso-centré, il n’y a pas photo.

Mais, au-delà du concept, il faut se poser la question de la possibilité de faire quelque chose de spécifique pour l’île. Au niveau budgétaire ou monétaire, les principaux leviers sont détenus soit par l’Etat, qui mène une politique au plan national globalement restrictive (même si le plus gros de la pression budgétaire est derrière nous), soit par la Banque centrale européenne, qui n’a (logiquement) que faire de la Corse. De plus, une relance n’a de sens que si elle est rapidement mise en œuvre avec une taille respectable. Cela limite fortement dans le cas de la Corse les possibilités.

On peut toujours demander des allègements spécifiques de charges ou des mesures de trésorerie pour les entreprises mais elles seront limitées vu les mesures déjà actées (CICE, allègements post-SNCM). De toute façon, l’effet de relance de ces mesures reste limité car les sommes ainsi injectées sont stockées (afin de rétablir la santé financière) plutôt que dépensées en investissement ou en embauches. Une relance de la construction privée avec une mesure fiscale "type Scellier" n'est pas souhaitable car cela conduirait à différer la crise plutôt qu'à la combattre.

Compte tenu des compétences de la CTC ou des collectivités locales, la seule relance locale intelligente ne peut provenir que de l’investissement public en BTP. Dans un monde idéal, une accélération de la construction de logements sociaux et des travaux d’infrastructures ferait l’affaire (relance de la construction puis diffusion au reste de l’économie). Elle pourrait avoir une taille respectable en s’associant CTC, départements et grandes agglomérations.

Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres. Du côté du logement social, le niveau de construction est famélique en Corse. Accélérer pas grand-chose ne donnera pas grand-chose. De plus, les contraintes de foncier, de marché public et de délai de mise en chantier ne permettront pas d’agir rapidement pour lancer plus de logements.

Sur le plan de l’investissement en travaux public, il y a peut être plus de possibilité, notamment en accélérant les travaux liés à la fin du PEI. Mais, comme nous l’avons déjà souligné à de nombreuses reprises, la CTC et les grandes collectivités de l’île se trouvent confrontée à la nécessité de revoir à la baisse leurs interventions (effet ciseaux entre hausse des dépenses et baisse des dotations).

Accélérer les investissements est donc toujours possible mais devient budgétairement compliqué. D’ailleurs, le lecteur intéressé pourra relire avec intérêt ce texte de corse-économie de fin 2008 qui alertait déjà sur ce point : «A quoi sert la politique économique en temps de crise ? ».

Mais, il y a un autre problème sur une relance par les collectivités locales, celui du retour sur investissement. La CTC n’a quasiment pas de ressources budgétaires tirées de la croissance économique. Ainsi, si la CTC relance avec succès, elle creusera son déficit sans espoir de regagner un peu de marges une fois la croissance revenue. Contrairement à l’Etat, elle ne pourra pas bénéficier de l’augmentation des recettes sur la consommation (TVA) ou le revenu des agents (ménages ou entreprises). Après la relance, la CTC se verrait obligée de couper violemment dans les investissements, risquant de casser la reprise.

Enfin, il faut aussi se poser la question de l’impact de la relance. Le PEI et les travaux menés sur les années 2000 se sont bien traduits par plus d’emplois entre 2000 et 2007 mais depuis 2007 ils stagnent. De plus, le niveau (moins de 1 000 emplois fin 2013 dans les travaux publics) est relativement faible comparé à celui de l’ensemble de la construction (près de 12 000 salariés). Le faible poids, la présence d’intervenants extérieurs et les importations nécessaires (acier, béton…) viendront en réduction de l’effet relance.

Au final, l’on est actuellement dans une impasse qui ne permet pas d’envisager une politique de relance locale. En l'état actuel des choses, il vaut mieux se contenter de mesures limitées autour du PEI et du logement social sans viser de plan d’investissement massif.

Sortir de l’impasse passe par une réflexion sur une réforme fiscale et par une réflexion sur une redynamisation de la croissance potentielle débouchant sur une refonte plutôt que sur une relance.

06/10/2014

Pas de révision sensible par rapport au scénario de mai dernier. Les perspectives restent ternes à court terme et une reprise ne devrait pas être visible avant plus d'un an.

Le pessimisme persiste concernant les perspectives économiques en Corse. Le scénario de croissance à horizon 2016 n'est pas modifié sensiblement par rapport à mai dernier, ce qui veut dire qu'il reste sombre à court terme et peu engageant à horizon 2 ans.

Le cœur du scénario est le prolongement d’une situation de stagnation/récession pour l’économie corse dans un environnement européen qui reste très faible et d’un contexte national quasi-stagnant. On est toujours dans une lente mais constante dégradation provoquée par un travail de sape sur les fondamentaux économiques.

Le schéma ci-dessus résume les principaux sous-jacents économiques et leur orientations. Par rapport à la version de mai, le négatif reste dominant sans grand changement. Parmi les éléments négatifs pointés, les tendances sont structurelles et non conjoncturelles. ce qui veut dire qu'elles ne s'inverseront pas rapidement.

A partir de 2016, un optimisme prudent est de mise :
- allègement de la pression en provenance de la fiscalité et des finances publiques ;
- besoin d’investissement dans les infrastructures urbaines et de base (eaux, déchets, énergie) ;
- besoins d’investissement de renouvellement dans les entreprises en lien notamment avec la reprise-transmission ;
- maintien d’un flux migratoire positif qui permettra d’éviter une baisse de la population active et forme un socle de croissance (même si ce socle est faible et ne permettra pas à lui seul d’augmenter le niveau de vie moyen) ;
- développement en Corse de petites unités industrielles et de services actives à l’export (même si l’on reste encore sur des niches) ;
- transition démographique qui va soulager la pression sur le marché du travail.

Mais 2016 c'est loin et, d'ici là, il peut y avoir du changement (sans un sens ou dans l'autre).

A noter que les principales fragilités de ce scénario (qui pourraient venir invalider les attentes) portent sur :
- une résistance de l'emploi au détriment des marges des entreprises. Le marché du travail s'en porterait mieux et la consommation gagnerait en vigueur. Toutefois, cela semble peu probable compte tenu de la fragilisation de la situation financière des entreprises ;
- une reprise de l'immobilier (notamment côté résidences secondaires) courant 2015 avec les nouvelles mesures de relance. Très peu probable mais toujours possible ;
- des turbulences financières (crédit bancaire, remontée des taux ou pétrole) ;
- une crise durable du modèle touristique avec chute de sa rentabilité pour les entreprises locales du fait de la concurrence par les prix en Méditerranée.

01/10/2014

réclamer un choc de productivité pour booster la croissance potentielle en Corse, c'est bien beau. Mais est-ce réellement une solution pour l'emploi ?

A la suite d’un article, un lecteur a envoyé des remarques sur la question des gains de productivité. Il notait que dans son entreprise, l’idée de gains de productivité se traduit dans les faits par des suppressions de postes permises par l’automatisation ou l’informatisation de certaines tâches. Comme il ne note justement, le tissu économique en Corse ne permet pas non plus de fournir des emplois plus qualifiés, échappant aux mutations liées à la technologie.

Et il est loin d’avoir tort. Il ne pas faut le nier, à court terme les gains de productivité peuvent être l’ennemi de l’emploi. Après tout, l’idée centrale est bien de générer plus de valeur ajoutée pour un même volume de rémunération des facteurs travail (salaire) ou capital (fonds de commerce). Quand on achète une machine qui produit plus ou quand on réorganise une équipe afin qu’elle soit plus efficace, la conséquence peut être négative sur les salariés, notamment les moins qualifiés, car une augmentation du chiffre d'affaire n'est pas forcément systématique. En outre, si cette rentabilité supplémentaire se fait sans retour sur les salaires ou l’investissement, mais part dans les dividendes ou l’accumulation de cash, alors elle est stérile.

Cette problématique rejoint aussi celle des inégalités au sein de la population et les mutations économiques actuelles. D’un côté, l’essor des entreprises numériques et plus généralement du numérique dans les entreprises traduit par une augmentation des besoins en ressource humaine très qualifiée, très bien payée et très productive. Ceci permet à des géants comme Google de comptabiliser de 59,8 milliards de dollars de chiffre d’affaire et 12,9 milliards de dollar de bénéfices et avec 50 000 employés. A titre de comparaison, le groupe Renault fait 40,9 milliards d’euros de chiffre d’affaire pour un bénéfice de 500 millions d’euros (20 fois moins que Google) et avec 122 000 salariés (plus du double de Google).

De l’autre côté, l’automatisation, l’informatisation et la robotisation croissante des métiers se traduisent par une pression grandissante sur les emplois peu qualifiés mais aussi désormais les techniciens qualifiés voire les cadres. Ce mouvement risque de s’emballer avec l’arrivée massive de robots et machines que l’on nous promet dans notre quotidien (cf. chaîne automatique de cuisson d’hamburger de Momentum Machines ou encore la construction de maison via imprimante 3D …). C’est la fin annoncée du petit boulot de fast-food mais aussi de celui de maçons. Quand à la croissance de la puissance des algorithmes, il menace bien des métiers de la finance de marché et même celui d’économistes.

Mais, à moyen et long terme, les gains de productivité sont le seul moyen de permettre aux entreprises de conserver à la fois assez de marges de manœuvre pour augmenter les salaires réels (salaires corrigés de l’inflation) et pour investir.

Sans gains de productivité, une entreprise qui continuerait à augmenter les salaires réels verrait son taux de marge dégringoler. Certes, il est possible de baisser les charges pour faire remonter artificiellement le taux de marge, comme avec le CICE, mais ça ne change rien à la tendance. Au final, le risque d’un décalage persistant entre productivité et salaires est donc de bloquer l’investissement, ce qui revient à réduire encore plus la capacité à gagner en productivité, mais aussi de former une résistance de plus en plus grande aux hausses de salaires futures. Ce cercle vicieux reflète exactement ce qui se passe au niveau de la France et en Corse (où la productivité apparente est quasi-stagnante).

On a donc une divergence possible entre les conséquences à court et celles à long terme. Dépasser ce blocage passe non pas par un refus de la productivité mais par l’accompagnement des salariés en termes de formation pour suivre l’évolution du progrès technique mais aussi par une nouvelle taxation des bénéfices des entreprises (plus sur les dividendes, moins sur l’investissement). Le crédit d’impôt sur l’investissement en Corse est de ce point de vue bien plus bien plus positif économiquement que le crédit d’impôt compétitivité.

Plus de productivité et d’innovation sont nécessaires pour nous permettre de créer une économie plus forte et plus équitable. Sans eux, la tendance actuelle à l’accumulation des gains de la croissance par les plus favorisés et le déclassement des autres sera lourde et difficile à infléchir. Il ne s’agit pas de bâtir une économie pour happy few.

Plutôt qu’une vaine discussion sur le déficit public de 2015, la réflexion devrait se porter sur des questions plus structurelles : comme articuler plus efficacement les politiques de formation (initiale et continue), d’innovation et les prestations sociales jugées aujourd’hui largement perfectibles voire inefficaces ? Comment mobiliser le secteur privé, y compris les TPE, sur la thématique de la productivité ? Comment s’assurer que cela soit au bénéfice du plus grand nombre ? Des questions un peu plus intéressantes que de savoir si le déficit public sera en 2015 à 4,8 % du PIB ou à 4,2 % du PIB.